Dans le cadre du Festival Internacional de Fotografia de Rubí, La Nuu, nous présentons le projet Dry de l’artiste algérien Abdo Shanan.
L’identité personnelle n’est ni stable, ni univoque, ni permanente. À l’inverse, l’idée de nation exige de nous une adhésion rigide et immuable. L’idée de nation nous demande à tous la même chose : que nous nous intégrions, que nous ressentions tous la même chose et que nous placions ce qui nous rend uniques sous l’égide d’une histoire commune. Le problème, c’est que notre identité n’est pas un bloc de pierre ; c’est plutôt une carte en constante évolution, faite de voyages, de métissages et de racines qui ne connaissent ni frontières ni passeports.
Le sociologue Benedict Anderson définit la nation comme une communauté imaginée. Elle est imaginée car, indépendamment des divisions et des inégalités réelles, la nation est toujours conçue comme une fraternité profonde et horizontale ; une construction mentale au sein de laquelle l’immense majorité de ses membres ne connaîtront jamais leurs compatriotes, ne les verront jamais et n’entendront jamais parler d’eux, mais dans l’esprit desquels vit l’image de leur communion.
Dry parle de personnes qui, comme Abdo Shanan, sont suspendues entre différents lieux, identités et attentes. Il traite des négociations silencieuses que l’on mène pour trouver sa place, et de la distance qui subsiste même lorsqu’on croit être arrivé à bon port.
Shanan est né en Algérie, d’une mère algérienne et d’un père soudanais. À l’âge de neuf ans, sa famille s’est installée en Libye, où il a passé les 18 années suivantes à se convaincre qu’il était algérien, tandis que son père insistait sur le fait qu’il était soudanais. À 28 ans, il a décidé de s’installer en Algérie. Ce n’est qu’alors qu’il a commencé à remettre en question son sentiment d’appartenance. Il se sentait comme une île au milieu d’une société dont il avait supposé faire partie, pour finalement se rendre compte qu’ils avaient moins de points communs qu’il ne le pensait.
Dry parle de toutes ces îles que l’auteur a découvertes au fil des ans. Des gens, comme lui, suspendus entre des lieux, des identités et des attentes. Il traite des négociations silencieuses que l’on mène pour trouver sa place, et de la distance qui subsiste même lorsqu’on croit être arrivé à bon port. Il traite de la tension liée au fait d’être entre deux, d’être façonné par plusieurs lieux, sans pour autant être pleinement revendiqué par aucun d’entre eux.
_
Cette exposition est organisée par Jiser et La Nuu, avec le soutien du Service de coopération de la mairie de Rubí.
Abdo Shanan est né en Algérie d’un père soudanais et d’une mère algérienne. Il a étudié l’ingénierie des télécommunications à l’université de Syrte, en Libye, jusqu’en 2006. En 2012, il a effectué un stage chez Magnum Photos à Paris, ce qui lui a permis de réfléchir à son approche photographique. En 2015, Abdo a cofondé le Collective220, un collectif de photographes algériens. Abdo a remporté le prix JEFE (Photographie africaine contemporaine) pour son projet Dry. En 2020, il a reçu le prix Mediterrani Albert Camus Incipiens pour son projet A Little Louder.
Programme public:
03.10.26
-11h: Présentation de l’exposition par le photographe Abdo Shanan