Aliénations

16.10.26 - 22.11.26

Nous présentons l’exposition Aliénations au port de Tarragone dans le cadre du Festival international de photographie SCAN de Tarragone. L’exposition, organisée par Xavier de Luca et Houari Bouchenak, présente les œuvres de Felipe Romero Beltrán, Randa Mirza, Miquel Garcia, Samia Henni, Abdo Shanan et Agnes Essonti Luque.

Aliénations est une interaction entre différentes couches d’écritures visuelles, de codes et de pensées qui répond à la volonté de démasquer les porteurs des courants générateurs d’oppression, ceux qui provoquent des métamorphoses néfastes derrière de multiples facettes qui affectent tout ce qui constitue les individus et les territoires.

En s’appuyant sur Frantz Fanon, qui a joué un rôle fondamental dans l’étude et la théorisation des souffrances psychologiques et psychiatriques liées au colonialisme, ses théories constituent un moyen de remettre en question les paradigmes établis et imposés par les différents courants despotiques. Ses réflexions et ses analyses restent pertinentes pour comprendre l’ordre colonial mondial, tant passé que présent, notamment en ce qui concerne l’organisation des États, de la propriété et de l’espace, ainsi que la répartition des ressources et du capital.

Dans son livre Peau noire, masques blancs, nous plongeons au cœur de ce jeu de pouvoir entre l’opprimé et l’oppresseur, dans la question de savoir qui occupe la place de qui, où la couleur de la peau devient une métaphore de ce qui peut illustrer cette aliénation de l’être humain, emporté par les courants oppressifs.

En endossant le masque de l’autre et en essayant d’adopter son regard, nous remettons en question ce que nous pouvons considérer comme des «certitudes». Ce va-et-vient, qui semble si évident, ne l’est en réalité pas, car il exige de mobiliser la volonté de passer d’un état à un autre et d’un contexte à un autre afin que puisse se déployer ce que Paulo Freire définit comme la «prise de conscience» : une succession de révélations produites par un processus de mise au jour de la nature même des courants d’influence et des pensées imposées.

«L’inconscient collectif ne relève par d’un héritage cérébral: c’est une conséquence de ce que j’appellerai l’imposition culturelle irréfléchie
Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs

Les photographies de Felipe Romero Beltrán revêtent un caractère théâtral qui reflète l’expérience vécue par les jeunes Maghrébins accueillis dans un centre social après avoir traversé la Méditerranée. Ces jeunes sont confrontés à la déformation de leurs codes, de leurs langues et de leurs corps par les institutions européennes, sous le prétexte de l’intégration.

De son côté, l’installation de Miquel Garcia dépasse les codes muséographiques, puisqu’elle se présente comme un pont entre le passé et notre présent. Grâce à une mise en scène qui met à nu les couches du temps, réapparaissent les noms des personnes disparues en Catalogne pendant la dictature imposée par Franco et ses alliés.

Dans ce contexte, Randa Mirza nous offre une vue plongeante sur un coin de Beyrouth, du point de vue de celui qui observe les piétons à travers le viseur de son fusil, et nous pose la question suivante : qu’est-ce qui fait qu’à un certain tournant de notre vie, nous devenons l’un ou l’autre ? De son côté, l’œuvre de Samia Henni se déploie comme la révélation d’un effet rétroactif et d’une métamorphose irréversible et abominable sur les territoires — tant africains qu’européens — à la suite des essais nucléaires français en Algérie, un épisode de l’histoire qui reste, en grande partie, passé sous silence. Avec «Dry», Abdo Shanan cherche à susciter chez le spectateur un sentiment de malaise et de désarroi. Il veut nous amener à remettre en question ce qu’on nous a dit sur l’appartenance et les identités nationales — car, au fond, que signifient ces constructions sociales?

À partir d’un espace d’expérimentation au sein même de l’exposition, l’artiste Agnes Essonti Luque interviendra in situ pour mettre en évidence, sur un mur, l’entrecroisement et la confrontation entre ses réflexions et ses travaux antérieurs, inspirés de la pensée de Fanon, et les œuvres des artistes présents, afin de proposer une autre lecture critique.

Ces récits individuels, inspirés d’une mémoire collective encore vivante, s’inscrivent dans le prolongement d’un temps passé, visible et invisible, qui alimente la construction d’un contre-récit et se présente comme un lever de voile sur des réalités cachées.

L’exposition a été réalisée par SCAN, le Port de Tarragone et Jiser Reflexions Mediterrànies, avec le soutien du ministère de la Culture et de la Generalitat de Catalogne, ainsi qu’avec la collaboration de la Chaire UNESCO du dialogue interculturel en Méditerranée de l’Université Rovira i Virgili et de Saberes migrantes.

Programme public:

Visite guidée de l’exposition en compagnie des artistes:
Dimanche 18 octubre à 12h

Projection du documentarie Concerning violence (2014) de Göran Hugo Olsson —dans le cadre de l’exposition Aliénationse— suivie d’une discussion avec les commissaires
Samedi 21 novembre à 17h

Horaires d’ouverture
Du mardi au samedi, de 10 à 13h et de 16 à 19h
Les dimanches et jours fériés, de 11 à 14h

Lieu
Refugi 1 · Moll de Costa
Port de Tarragona
Com arribar-hi

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